Les Colonies de Dury

Pierre Perret les a chantées dès 1966.

En 1876, à Appenzell, Hermann Walter Bion, pasteur suisse, organise les pre- mières colonies de vacances, dans la na- ture et au grand air, pour les enfants dé- favorisés et en mauvaise santé de Zurich. Très rapidement, ces vacances, nancées par des souscriptions, rencontrent un francs succès en Suisse.

A la fin du siècle, 29 villes helvètes pro- posent ce type de séjour aux enfants afin qu’ils aient de bonnes conditions de vie pendant quelques semaines. Cette for- mule se généralise en Europe, en Amé- rique, au Japon même pour des enfants de familles plus aisées.

Dès le 14 février 1907, autorisation est donnée à la ville d’Amiens, par un arrêté ministériel d’organiser une loterie dont les béné ces permettraient la création de divers ensembles municipaux.

542 100 francs sont ainsi récupérés et la préférence est donnée pour l’établissement d’une colonie scolaire. Plusieurs emplacements sont envisagés mais le 8 février 1911, le Conseil municipal de la ville d’Amiens porte son choix sur une parcelle de 6 ha à Dury au lieu-dit « La Vierge près du bois ». L’endroit est choisi pour sa proximité, évitant ainsi les frais de déplacement en chemin de fer. Les plans sont établis par le directeur du service d’architecture de la ville, Monsieur Vivien.

Le 27 août 1913, le Conseil municipal amiénois décide de construire une ferme conjointement aux bâtiments de la colonie de façon à pouvoir nourrir les enfants avec des produits sains et locaux. Les travaux commencent en 1914 mais sont rapidement interrompus pour cause de déclaration de guerre.

En France, après la Première Guerre mondiale, les colonies de vacances font partie du système éducatif. Elles sont le prolongement nécessaire des patronages laïcs et paroissiaux, ce sont avant tout les protestants puis les catholiques qui les organisent, puis les partis politiques s’y intéressent. En 1939, la création de l’OC- DV (Œuvre Départementale des Centres de Vacances) en permet le développement dont l’apogée se situe entre 1930 et 1960. En 1955, plus d’un million d’enfants fran- çais partent en « colo » et peuvent ainsi découvrir la campagne ou la mer. Ces colonies ont d’abord un but hygiéniste et cherchent à sortir les enfants anémiés ou malades des villes pour les régénérer au bon air de la campagne. Ces centres mettent en valeur les bienfaits de la vie en collectivité, loin du giron de leurs parents. Les centres de vacances participent à la lutte contre l’exclusion.

L’architecture du patrimoine immobi- lier des centres de vacances est liée au patrimoine éducatif. Jusqu’en 1914, c’est une œuvre d’hygiène préventive. Les constructions sont semblables à celles des sanatoriums. Certains bâtiments peuvent être réutilisés (forts, casernes, écoles, châteaux, ensembles religieux...) mais souvent il s’agit de constructions neuves. En 1900, 52 colonies sont répertoriées pour 8 216 enfants. Le choix des lieux est primordial. Les premières constructions oscillent entre l’allure de la villa de villégiature et la physionomie du pavillon hospitalier. Entre 1898 et 1902, Fernand Ratier, un architecte amiénois, réalise pour le département de la Seine, une colonie scolaire dans la station balnéaire de Mers-les-Bains. Les travaux à Dury reprennent après la guerre. La façade principale, tournée vers l’est, est parfaitement symétrique. Au centre, l’entrée menant au réfectoire et à la cuisine avec préau est marquée par une large porte surmontée d’une fenêtre thermale et d’un fronton à redents. La poutre métallique, au-dessus de l’entrée porte la mention « COLONIE SCOLAIRE ».

“ Un bâtiment bien pensé... ”

Deux ailes déployées de chaque côté de la travée d’entrée mènent à deux pavillons d’angle servant de logement au directeur et à celui du concierge. Les chambres d’isolement pour les éventuels malades se trouvent au premier étage. Des ailes se déploient de chaque côté sur l’arrière du bâtiment comprenant un dortoir de 32 lits, éclairé de larges fenêtres, une lingerie, deux chambres de surveillants. Les wc et les lavabos sont à l’entrée des dortoirs. Les dépenses de construction s’élèvent à 170 000 francs. Le mobilier, la literie, l’éclairage, l’appropriation des cours, jar- dins, clôture, le creusement d’un puits et l’installation de jeux occasionnent une dépense de 89 080 francs.

Il faut attendre les vacances de 1921 pour que la colonie soit opérationnelle et reçoive son premier groupe d’enfants. Pour la circonstance, un directeur est nommé et de jeunes enseignants encadrent tous ces jeunes colons. Entre 1920 et 1930, les colonies « scolaires » se municipalisent, cela devient une action municipale majeure principalement de la part des partis de gauche. Le succès de la colonie va gran- dissant. De nombreux enfants de milieux défavorisés pro tent de ces aménagements. Pendant trois semaines consécu- tives, les enfants béné cient d’une nourriture variée, copieuse et équilibrée ainsi que des activités de divertissement. C’est en 1930 que Marc Sangnier (1873-1950), journaliste et homme politique français, crée la première Auberge de jeunesse. En 1928, la municipalité d’Amiens avait récupèré le bois de la Belle Epine et des terrains attenants à la colonie en échanges de terres qu’elle possédait ailleurs dans notre village. En 1930, le Ministère de la Santé est créé. En 1932, les dortoirs sont prolon- gés. En 1933, 180 enfants sont accueillis pendant l’été et on en espère 300 après de nouveaux agrandissements. En 1937, l’Etat décide de renouveler sa contribution nancière aux dépenses des colonies scolaires, contribution en partie disparue

après la crise de 1929 et remplacée par un nancement privé dû notamment aux Caisses d’Epargne. La même année les règles sont ainsi dé nies : éloignées de toute agglomération urbaine ou indus- trielle, mais facilement accessibles ; bien exposées mais à l’abri du soleil et du vent et à proximité d’ombrages ; l’immeuble doit comprendre des pièces distinctes pour le dortoir, le réfectoire, la salle de réunion et de récréation.

La réception dé nitive des travaux a lieu le 27 février 1935 soit 14 ans après sa mise en fonctionnement. En 1936, la pompe génératrice d’électricité est remplacée par le raccordement direct au secteur électrique. L’installation du chauffage central en 1948 amène à l’idée d’une utilisation, hors périodes de vacances scolaires, des bâtiments en préventorium. Le projet n’a jamais abouti.

En 1939, la présence dans les locaux de réfugiés espagnols entraîne des dégâts matériels et oblige une désinfection totale après leur départ et avant l’arrivée des en- fants en juillet.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments sont occupés de différentes manières : 1941, l’ensemble est loué à la Chambre régionale de l’Agriculture qui entretient les terres mais laisse la colonie libre entre le 15 juillet et le 15 septembre pour l’accueil des enfants ; en 1943, c’est l’armée allemande qui occupe l’endroit y occasionnant de nombreuses dégrada- tions, alors que la ferme est occupée par 3 femmes supposées s’occuper au ménage alors que leur véritable mission était plutôt de distraire les troupes sous les regards du gardien, de son épouse et de leurs 4 enfants qui logeaient toujours à la ferme. 1944, les bombardements ruinent le préau, un pavillon et des lavabos. 1945, les armées anglaises succèdent à celles de l’ennemi, et aménagent des baignoires dans les greniers. Juste après la guerre, des travaux de réfection sont entrepris pour accueillir de nouveau les jeunes pendant l’été. 207 enfants pro teront de la colonie lors de l’été 1947, encadrés par des moniteurs gérant chacun 3 équipes de 8 enfants. Chacun devra fournir un ticket de rationnement pour l’approvisionnement en vivre. Les enfants choisissent un nom pour chaque équipe comme :

«la forêt», «les animaux des bois », « le Tour de France », et un cri de ralliement. De grandes ballades dans la campagne, des jeux dans les bois, la simulation de l’élec- tion d’un Conseil municipal, des chants, des danses, la fabrication de marionnettes et de masques occupent le quotidien des enfants. Ils peuvent même écouter, sur le poste TSF du directeur, les commentaires des étapes du Tour de France. Le linge est alors prêté par la Maison Cozette (visible encore aujourd’hui place Vogel à Amiens), du nom de Louis Charles André Cozette (Amiens 1776-1842). Il lègue, à sa mort, à la ville, sa fortune pour la création « d’une maison de secours et de travail ». en 1855, la ville d’Amiens institue dans « la Maison Cozette » un prêt de linge destiné à l’origine aux ménages indigents.

Dans les années 1960, le succès de la colonie échit et à partir de 1969 la colonie de Dury devient un centre d’accueil journalier pour les enfants de centres de loisirs d’Amiens. 200 enfants peuvent être accueillis chaque jour. Ils y déjeunent et y pratiquent diverses activités soit en plein air, soit à l’abri en cas d’intempéries. Cette organisation est toujours en vigueur aujourd’hui, le reste de l’année, les salles sont louées à des particuliers, des associa- tions ou des entreprises pour des évènements privés. Chambres et locaux ont été refaits à neuf en 2010. La gestion et l’en- tretien des bâtiments sont sous la tutelle des services de proximité du secteur sud de la ville d’Amiens.

En 130 ans, les colonies de vacances de France ont hébergé 60 millions de jeunes de tous horizons. Alors, Bonnes vacances à tous, en colo au bon air de Dury ou d’ailleurs. Que vous soyez en pleine forme pour la reprise du mois de septembre. Bon soleil !

Sources : article de Boulanger dans « Notre Picardie » - article d’Axelle Espel aux Archives Municipales et Communautaires d’Amiens – Bernard Toullier, « les colonies de vacances dans « quelle architecture » - n° 9 - 2008.

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